Par Jean-Pierre Chevènement, L’Express, novembre 2003


La brutalité de Claude Allègre fait partie de son style et de son charme si particuliers. Jamais gratuite, elle peut cependant le conduire à commettre quelques erreurs. Cela s’est vu dans un passé récent. Dans l’hommage bien venu qu’il rend à Max Gallo, j’ai été surpris de la grossièreté de la charge finale, en forme de contrepoint, où il reproche à celui-ci de s’être fait mon porte-parole pendant la campagne présidentielle, au prétexte que j’aurais "fait perdre la gauche", feignant de croire que j’aurais renvoyé dos à dos et pour l’éternité la droite et la gauche et non pas ce qu’elles étaient devenue.

Ma surprise vient de ce que j’avais entendu Claude Allègre, il y a moins d’un an, professer devant moi une opinion toute contraire. Pourquoi ce brutal revirement ? Est-ce la lecture d’Alain Duhamel ? J’ai peine à le croire ! François Bazin rapporte, dans Le Nouvel Observateur du 16 octobre, "l’activisme" de Claude Allègre - que je n’ai pu vérifier moi-même - expliquant à la ronde que, "en 2007, seul Lionel sera en mesure de gagner". C’est un point de vue. Est-il nécessaire de recourir à l’injure à mon endroit pour le faire prévaloir ? Pour ma part, je le dis tout net : je ne verrais que des avantages à ce que Lionel Jospin revienne dans la vie politique active. Cela soulèverait la lourde chape de plomb que, depuis son congrès de Dijon, le Parti socialiste a fait retomber sur cinq années de gauche dite "plurielle". Celui-ci pourrait enfin sortir du non-dit et exercer ce fameux "droit d’inventaire" si souvent invoqué mais jamais pratiqué.

Lire, sous la plume de l’ancien Premier ministre, que "les difficultés de la gauche sont moins venues de l’exercice du pouvoir qu’elles ne sont nées de la défaite" ("Le temps des mystificateurs", Libération du 13 octobre 2003) laisse songeur. Ainsi donc, il n’y aurait aucun lien entre la façon dont la France a été gouvernée pendant cinq ans et la défaite de la gauche plurielle ? Cette défaite serait seulement le produit d’une "division néfaste" et presque tombée du ciel ? Cette thèse n’est évidemment pas sérieuse. Elle est mystificatrice. Pourquoi les ouvriers, qui étaient 41 % à voter socialiste au premier tour de 1988 et encore 24 % en 1995, n’étaient-ils plus que 13 % en 2002 ? Pourquoi les salariés du secteur public, qui avaient voté à 32 % pour Lionel Jospin en 1995, n’étaient-ils plus que 18 % en 2002, selon Jérôme Jaffré et Pascal Perrineau (Documents sur les élections du printemps 2002, janvier 2003). On ne peut pas inventer l’avenir si on ne fait pas la lumière sur ce qui s’est réellement passé.

"Notre peuple a besoin de valeurs et de repères clairs".
La vérité est qu’il existait de profondes divergences au sein de la gauche dite "plurielle" par rapport à la ligne gouvernementale, et cela sur deux familles de sujets : d’abord, sur la politique économique, y compris industrielle, l’Europe telle qu’elle se faisait à Bruxelles et la mondialisation libérale ; ensuite, sur la République, c’est-à-dire à la fois la sécurité, au sens large, l’école, la laïcité, l’acceptation ou le refus des communautarismes, la Corse, etc. Pourtant, il faut le dire : à aucun moment il n’y a eu un effort collectif de dépassement et de projection dans l’avenir. Il n’était question que d’ "équilibre", pour parler clair, de rapports de forces.

Notre peuple, et particulièrement ses couches populaires, a besoin de valeurs et de repères clairs. Or il a été laissé en déshérence du fait d’une pratique gestionnaire et de l’absence d’un projet réellement mobilisateur. Le Parti socialiste a perdu, faute de projet : ce n’est pas moi, mais François Hollande qui l’a publiquement reconnu, et cela à plusieurs reprises. Le Parti socialiste, dans la mesure où il déclare vouloir rassembler la gauche, devrait examiner sérieusement les raisons de la désaffection de l’électorat populaire. Il ne peut le faire avec succès que s’il respecte le devoir de vérité.

La gauche plurielle n’a pas fait - loin de là - que de mauvaises choses. Mais elle est passée complètement à côté de ce que l’on appelle la mondialisation. Elle ne l’a tout simplement pas analysée. Si l’on excepte son opposition à l’AMI (Accord multilatéral sur l’investissement), elle n’a pas cherché à en modifier les règles, ni en ce qui concerne l’architecture financière et monétaire mondiale ni à l’OMC. Elle n’a pas essayé de redresser les critères de Maastricht, qui révèlent aujourd’hui toute leur nocivité pour la croissance et pour l’emploi. Elle s’est désintéressée de la politique industrielle, au niveau national comme au niveau européen. En matière de privatisations et de libéralisation des services publics, elle n’a pas donné le sentiment d’avoir une autre politique que la droite. Bref, elle a accompagné le mouvement de la mondialisation libérale sans prendre l’opinion à témoin des efforts qu’elle aurait dû accomplir pour offrir un autre modèle de développement à l’échelle mondiale, européenne et française.

De même, la gauche dite "plurielle" a cru pouvoir abandonner, dans sa majorité, le riche héritage de la nation républicaine. Or c’est ce chemin que le PS doit retrouver s’il veut regagner la confiance d’un immense électorat populaire : il doit rompre avec l’angélisme en matière de sécurité, avec le "différencialisme" et la tentation des communautarismes en matière sociétale, avec la conception de l’"expérimentation législative" qu’il a cautionnée avant sa mise en oeuvre par Jean-Pierre Raffarin, avec les dérives corses qu’il a couvertes jusqu’au dernier référendum, etc.

Sur aucun de ces sujets, il ne lui est impossible de faire mieux qu’il n’a fait. Simplement, pour rendre confiance au pays, il lui faut le courage d’une remise en cause, certes difficile, parce qu’elle plonge ses racines dans une histoire déjà ancienne : par exemple, remettre en question la subordination de toutes les politiques au "principe d’une économie ouverte où la concurrence est libre", principe déjà inscrit à l’article 3 du traité de Maastricht, et au nom duquel Mario Monti entend aujourd’hui proscrire les aides de l’Etat à Alstom.

"J’ai été candidat contre le vide et l’absence de projet ".
Il est évidemment plus facile de chercher un bouc émissaire que de procéder à une autocritique honnête et approfondie. J’ai dédaigné, peut-être à tort, la campagne d’opinion, lancée dès le 22 avril 2002 par un éditorial de Jean-Marie Colombani dans le journal Le Monde, me faisant porter le chapeau d’un échec où il avait plus que sa part. La campagne des élections législatives n’était guère propice à ce qui aurait pu apparaître comme un déballage. Et puis, surtout, après le retrait de Lionel Jospin de la vie politique, cela eût manqué d’élégance. J’ai fait et je fais toujours confiance à l’Histoire pour établir les vraies raisons de l’échec de la gauche dite "plurielle". Après Lionel Jospin, sa femme, ses proches, son porte-plume, que Claude Allègre croie maintenant pouvoir ressasser la même rengaine m’amène, puisque toute vérité est bonne à dire, à lui dire la sienne.

Cette campagne misérable ne repose sur aucune réalité (nous vivons, il est vrai, à l’ère du "virtuel" : ah ! si le 21 avril n’avait pas été ce qu’il a été !...). Elle obéit en fait à une logique purement politicienne : il faut que le 21 avril soit ramené à un accident aussi aléatoire que la chute d’une météorite (en l’occurrence moi-même) sur la tour Eiffel (Lionel Jospin) pour que le Parti socialiste, fier de son bilan et certain d’avoir rempli ses engagements de 1997, puisse recommencer comme avant, sûr de lui et dominateur, n’ayant pas une virgule à changer à son programme évidemment néolibéral (s’il ne l’avait pas été, le candidat eût-il demandé à Alain Duhamel de s’en faire le chantre ?).

Ceux pour qui je ne comptais plus pour rien au sein de la gauche plurielle, comme l’a démontré avec une pureté de cristal, de novembre 1999 à juillet 2000, parmi beaucoup d’autres sujets qui n’étaient pas de ma compétence, l’affaire corse, qui l’était, sont ceux-là mêmes qui, depuis le 21 avril, mettent en avant ma responsabilité supposée pour dissimuler la leur. En réalité, la surprise du 21 avril, ce n’est pas que Le Pen soit passé devant Jospin, mais que celui-ci soit passé derrière Le Pen. Même présent au second tour - et c’est là le point essentiel - Lionel Jospin n’aurait eu aucune chance de battre Jacques Chirac. Les sondages "sortie des urnes" effectués le 21 avril lui donnaient un score de 46 % contre 54 % à Jacques Chirac. En réalité, le faible score de Lionel Jospin (4 610 000 voix) doit être mis en regard du chiffre des abstentions (11 698 000), des votes nuls (997 000) et des votes aux extrêmes (8 400 000 voix). Ces chiffres constituent l’exacte photographie de l’état d’esprit du pays le 21 avril. Etait-il sans rapport avec la manière dont le pouvoir avait été exercé pendant cinq ans ? Quant aux 1,520 million de voix qui se sont portées sur mon nom, les sondages "sortie des urnes" indiquent que 13 % auraient voté Jacques Chirac si je n’avais pas été candidat et seulement 11 % Lionel Jospin. Tout cela n’a d’ailleurs d’autre signification que virtuelle.

Soyons clairs : si j’ai été candidat, ce n’est pas contre Lionel Jospin, mais contre le vide, contre l’absence de projet, et, si c’était à refaire, je le referais : j’ai défendu les idées que je croyais et que je crois toujours justes. Cela a un nom : cela s’appelle la démocratie. Notre pays a besoin de s’appuyer sur des valeurs solides pour inventer un chemin qui le fasse sortir de l’ornière maastrichtienne où l’ont enfoncé tous nos gouvernements successifs. On peut ne pas être d’accord avec cette vision. Mais, alors, qu’on en débatte !

La direction du Parti socialiste ne se sauvera pas en agitant compulsivement le spectre d’un "nouveau 21 avril". C’est là une vue essentiellement tacticienne des choses. Il est temps, dans l’intérêt même du PS, que je me souviens avoir porté sur les fonts baptismaux d’Epinay, qu’il procède à un examen de conscience sincère, qu’il fasse une analyse critique des choix effectués depuis 1983, qu’il essaie enfin de comprendre le monde où nous sommes à présent, pour inventer les chemins du redressement et rendre confiance à notre peuple déboussolé. Je souhaite l’y aider, dans la mesure de mes moyens. Il ne suffit pas de jouer les enfants de choeur, vêtus de probité candide et de lin blanc, tout en cherchant des coupables, pour se disculper et pouvoir recommencer. En réalité, ce dont le Parti socialiste aurait besoin, c’est d’un nouvel Epinay. Il n’est sans doute pas pour demain. Sachons donc donner du temps au temps, comme disait François Mitterrand.Œuvrons aux rassemblements possibles, mais dans le respect de l’identité de chacun.

Faut-il donc maintenant que je réponde aux attaques de Claude Allègre ? Elles sont tellement absurdes que je me bornerai à en avoir démonté le ressort. Que les lecteurs de L’Express sachent seulement que j’assume mes choix, y compris pendant la première guerre du Golfe, qui était aussi annoncée et décidée à l’avance que la seconde, dont on voit où elle a conduit. "Toute vérité, selon Claude Allègre, est bonne à dire" : j’aimerais qu’il fasse maintenant son examen de conscience et se demande si, par son action de ministre de l’Education nationale, il est sûr de ne pas avoir enlevé plus de voix à Lionel Jospin qu’il ne lui en a apporté.

Rédigé par Chevenement2007 le 10 Novembre 2005 à 13:09 | Permalien

Interview de Jean-Pierre Chevènement, Politis, 2 novembre 2005


Pour Politis, par Denis Sieffert :
Que vous inspire la multiplication des incidents dans les banlieues après les déclarations musclées de Nicolas Sarkozy ?

JPC : Soyons justes : la dégradation du climat dans les banlieues procède de causes anciennes et profondes : installation d’un chômage de masse depuis le milieu de la décennie 70, ghettoïsation des quartiers, ethnicisation des rapports sociaux, crise de la citoyenneté. Evidemment, si un ministre de l’Intérieur, doit, par fonction, tenir un langage de fermeté républicain, il doit aussi s’abstenir de recourir à des amalgames provocants. Or, c’est ainsi qu’ont été comprises les expressions employées à Argenteuil par M. Sarkozy. Il a certes rectifié son propos dans Le Monde du 5 novembre : il lui aura fallu près de deux semaines ! Je ne ferai pas dans l’angélisme. Il n’est pas acceptable de tirer sur des véhicules de police ou de caillasser les pompiers, ou encore de brûler les écoles et les gymnases, mais quand le ministre de l’Intérieur visite une ville de banlieue, il doit éviter de faire monter inutilement la tension, ce qui, à la fin, ne facilite pas la tâche de la police, tâche ingrate car elle intervient « en bout de chaîne », quand tout le reste a échoué.

Mais est-ce que Nicolas Sarkozy n’a pas aussi modifié les règles de l’intervention policière ?
JPC : Je l’avais en effet mis en garde, en lui écrivant dès le 25 juin dernier, quand j’ai constaté sur le terrain la quasi disparition de la police de proximité que j’avais progressivement installée à partir de 1999. Cette police de proximité visait à rapprocher les policiers de la population, en rupture avec la tradition française qui est plutôt celle d’une police d’ordre public. Il s’agissait donc d’adapter la police à la montée de la délinquance dans les quartiers en territorialisant son action : chaque circonscription de police était découpée en plusieurs secteurs avec un commissariat de secteur ou un bureau de police. Mais la police de proximité, à mes yeux, ne se confondait pas avec l’îlotage traditionnel. Au contraire, la police de proximité avait à la fois une mission de prévention et de répression car l’une et l’autre sont également nécessaires. Il faut tenir ensemble les deux bouts de la chaîne : autant de prévention que possible et autant de répression que nécessaire : la sanction elle-même est un rappel à la règle. La police de proximité exerçait donc pleinement ses prérogatives de police judiciaire au quotidien et agissait en partenariat avec les autres acteurs de la sécurité : principaux de collège, bailleurs sociaux, commerçants, animateurs des collectivités locales, travailleurs sociaux, etc. Cette forme de police, inspirée de ce qui se faisait au Québec et aux Pays-Bas, expérimentée, testée, évaluée de 1998 à 2000, demandait des effectifs et un peu de temps pour réussir. Malheureusement elle a été subrepticement, mais assez vite (en fait, dès la fin de 2002), vidée de son contenu par Nicolas Sarkozy.

Celui-ci a-t-il pris des mesures précises ? Y a-t-il eu des textes ?
JPC :
Dans l’annexe de la loi du 29 août 2002 dite d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, j’aurais dû m’inquiéter d’une petite phrase apparemment anodine : « L’objectif d’une police de proximité sera maintenu. Mais sa mise en œuvre ne doit pas se faire au détriment des capacités d’action judiciaire et de la présence nocturne des forces ». La loi donnait à Nicolas Sarkozy 13.500 emplois supplémentaires de 2002 à 2007, dont 6.400 pour renforcer la police de proximité. Je m’interroge sur l’usage qui a été fait de ces moyens supplémentaires ...

Le 24 octobre 2002 une circulaire de Nicolas Sarkozy demandait « d’adapter les modalités de mise en œuvre de la police de proximité » ... « sans remettre systématiquement en cause le maillage territorial », formule pour le moins inquiétante.

En février 2003 le ministre de l’Intérieur « virait » le Directeur de la Sécurité Publique de Haute Garonne, un ancien de mon cabinet, en prononçant des paroles définitives : « La police n’est pas faite pour organiser des matchs de foot avec les jeunes des quartiers ». Chacun comprend ce que signifie ce genre de signal : peu à peu la police de proximité a vu fondre ses effectifs. La priorité a été donnée à la police d’intervention appelée à agir en cas d’incident. Une circulaire de la DGPN1 du 24 octobre 2004 préconisait enfin de « trouver un meilleur équilibre entre la présence dans les secteurs et l’investigation de terrain ». Il faut décoder tout cela. Les policiers savent faire : la police de proximité avait pour but d’anticiper autant que de réprimer. Désormais on se bornerait à réagir.

Comment cette évolution de la doctrine policière s’est-elle traduite sur le terrain ?
JPC :
Très simplement : les unités territorialisées ont été vidées de leurs effectifs et le concept de police de proximité privé de sa substance. Les commissariats de secteur et les bureaux de police sectorisés ont perdu l’essentiel de leurs attributions : ils ne sont plus que des bureaux d’accueil, souvent d’ailleurs dans des tranches horaires limitées à la journée, voire à quelques heures. Les patrouilles de police sont décidées à partir du Commissariat Central. Les unités terrirorialisées ont perdu les trois quarts de leurs effectifs. L’objectif d’une meilleure connaissance réciproque de la police et de la population a été perdu de vue. Il est évident que le passage de voitures sérigraphiées ou banalisées dans les quartiers ne peut pas remplacer les patrouilles régulières de policiers connaissant le terrain et la population. L’action partenariale est inévitablement délaissée. La priorité donnée à une police d’intervention par la généralisation des « BAC » de jour débouche sur le face à face d’une population qui ne comprend pas que la police est là pour la protéger, et de policiers opérant sur un terrain et dans un milieu qu’ils connaissent évidemment moins bien qu’une police de proximité territorialisée. L’équilibre nécessaire entre prévention et répression a été rompu. Et ce n’est pas le recours en dernier ressort aux CRS et aux escadrons de gendarmerie mobile - même s’il peut s’avérer aujourd’hui indispensable - qui recréera la confiance entre la police et la population. C’est toute la conception républicaine de la police qui s’est trouvée atteinte par ce virage doctrinal.

Il est temps de redonner à la police de proximité de la substance, c’est-à-dire des effectifs, en particulier dans les grandes circonscriptions et dans les cités de banlieue. Mais cela suppose une conception humaniste et républicaine de la police, fondée sur la citoyenneté et la responsabilité.

Cela peut-il suffire ?
JPC :
Certainement pas. Le moment est venu non pas de « poursuivre », comme l’a dit le Président de la République, mais d’engager une véritable politique d’accès à la citoyenneté pour les jeunes en situation défavorisée. L’emploi est la clé de l’intégration. Des centaines de milliers d’emplois vont être libérés dans les prochaines années par le départ à la retraite des générations nombreuses d’après-guerre. C’est l’occasion, comme je l’avais proposé en vain, en 1999, de généraliser les préparations rémunérées aux concours de la Fonction Publique : on mettra le pied à l’étrier à tous ceux qui en ont la capacité : au-delà, les « contrats aidés » devraient conduire les entreprises, et d’abord les plus grandes, à recruter dans les cités et à mettre en place des plans prévisionnels d’embauche, afin de débonder l’abcès du ressentiment enfoui dans nos banlieues. Il faudra enfin donner à tous un sentiment commun d’appartenance. Mais cela, c’est le problème de la France au XXIe siècle ...

Rédigé par Jean-Pierre Chevènement le 2 Novembre 2005 à 13:24 | Permalien

Déclaration de Jean-Pierre Chevènement, 18 septembre 2005.


« Le résultat des élections allemandes reflète, à travers le tassement du SPD et de la CDU-CSU, leur commune incapacité à peser sur la conjoncture économique autrement qu’à travers des réformes libérales destinées à réduire le coût du travail. Ni l’un ni l’autre de ces partis n’ont posé pendant la campagne le problème de la politique monétaire, de la politique de change et de l’assouplissement du pacte de stabilité budgétaire.

Paradoxalement, ce sont les conditions mises en 1991 par l’Allemagne à la monnaie unique qui créent, dans l’Allemagne de 2005, près de 5 millions de chômeurs. Le parti de gauche d’Oscar Lafontaine a un espace pour prôner une réforme keynésienne de l’Europe de Maastricht. Il y a une majorité de gauche virtuelle au Bundestag pour soutenir une telle réforme : ce peut être la chance d’une relance franco-allemande en faveur d’un vrai gouvernement économique de la zone euro. ».

Rédigé par Chevenement.fr le 18 Septembre 2005 à 08:57 | Permalien

par Jean-Pierre Chevènement, Le Figaro, 28 juin 2005
Les Douze de la zone euro doivent s’entendre pour la doter d’un gouvernement économique.


Le 29 mai 2005, le peuple français a rejeté l’idée qui s’était imposée depuis vingt-deux ans que tous nos choix de société résultaient d’une contrainte extérieure vécue comme une sorte de fatalité.

Évidemment le peuple français n’a pas dit « A bas le monde extérieur ! » comme l’a suggéré avec une ironie facile Pascal Bruckner, mais simplement « l’Europe doit être construite avec ses peuples et non pas sans eux ». Le rejet de la Constitution marque l’échec d’une méthode qui, au nom d’un souverain bien européen connu d’une seule minorité éclairée, permettait de placer les peuples devant des faits successivement accomplis : union économique, union monétaire, union politique, etc. Bref, c’est la revanche de la méthode républicaine qui met le débat en amont de la décision sur la méthode de l’acquiescement, dite encore du « consensus ».

C’est le grand vent de la liberté qui s’est remis à souffler : le peuple français, à ses risques et périls, entend à nouveau façonner son destin. Bien entendu, le non français n’est pas dirigé contre l’Europe et plus précisément contre l’idée que les peuples européens ont à organiser ensemble leur destin mais il met en cause une mondialisation subie.

Rien n’est plus symbolique à cet égard d’une hétéronomie qu’il rejette que le statut d’indépendance absolue de la Banque centrale européenne, sans équivalent dans le monde. M. Trichet va partout répétant que l’Europe connaît « des taux d’intérêt historiquement bas » et qu’il ne faut rien faire qui puisse ébranler la sacro-sainte « confiance » (c’est-à-dire le statu quo). M. Trichet ne semble pas s’aviser que la zone euro connaît depuis 2001 une stagnation économique prolongée. Il se réjouit qu’il n’y ait plus à l’intérieur de la zone de dévaluations compétitives, sans s’aviser que le dollar (et les monnaies qui lui sont rattachées, comme le yuan) a opéré depuis cinq ans une dévaluation sauvage de près de 50% devant laquelle la Banque centrale européenne est restée l’arme au pied. C’est faire comme si le niveau de la parité monétaire n’était pas devenu un facteur déterminant, non seulement pour les exportations et les importations mais aussi pour les décisions d’investissement et de localisation des firmes mondialisées.

« Quel est le plus gros problème en Europe ?, écrit Tony Blair. Vingt millions de chômeurs ! » On peut évidemment diverger sur la suite : « Que fait le budget pour cela ? pas grand-chose » : il n’est pas sérieux de prétendre, comme le fait le premier ministre britannique, que le budget européen (environ 1% du PIB global de l’Europe) puisse être un outil déterminant dans une politique de relance keynésienne, à l’échelle de l’Europe.

Le moment est donc venu pour les gouvernements, et d’abord les Douze de la zone euro, de prendre les problèmes à bras le corps. Ce que demandent les peuples, c’est un peu de logique : il n’était pas sérieux, au début des années 90, de vouloir imposer une monnaie unique sans l’assortir d’un gouvernement économique. C’était priver l’Europe de toute capacité d’action conjoncturelle efficace. Formidable régression de la pensée économique qu’ont acceptée solidairement tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 1992 !

La véritable explication de cette situation tient aux conditions de la réunification allemande. François Mitterrand entendait corseter l’Allemagne réunifiée dans une monnaie unique européenne. Il a dû accepter pour cela les conditions qu’y a mises Helmut Kohl en 1991 : indépendance absolue de la Banque centrale, exclusivement missionnée pour lutter contre l’hydre inflationniste, dont on sait le rôle qu’elle joue dans le subconscient allemand, critères de convergence astreignants pour le rythme de croissance, etc. Ces critères, imposés en son temps par l’Allemagne, se retournent aujourd’hui contre elle : sa croissance est atone, son chômage massif, ses finances publiques dans le rouge. Le bas niveau de l’inflation allemande la prive de taux d’intérêts réels plus bas que son excédent commercial lui permettrait d’espérer.

Les conditions d’une remise à plat existent objectivement. Il semble que les sociaux-démocrates allemands soient plus prêts à remettre en question les dogmes anciens que les chrétiens démocrates encore tributaires de l’héritage idéologique de Helmut Kohl. Mais quel que soit le résultat des prochaines élections, l’Allemagne, qui trouve dans la zone euro plus de la moitié de ses débouchés, n’a pas intérêt à voir disparaître une telle zone de stabilité, nécessaire à son industrie. L’Italie connaît les mêmes problèmes que l’Allemagne et la France (stagnation économique, chômage, délocalisations). Le moment est donc venu d’une initiative politique débouchant sur une conférence à Douze. Si les douze pays de la zone euro s’entendent pour la doter d’un gouvernement économique, les treize autres, à commencer par la Grande-Bretagne, ne pourront pas s’y opposer : aussi bien le dynamisme retrouvé de la zone euro est-il dans leur intérêt.

Que faut-il faire pour cela ? Rien que de très simple : proposer de calquer les statuts de la Banque centrale européenne sur ceux du Federal Reserve Board américain qui a mission de soutenir la croissance et l’emploi. Parions que la seule adoption de ce projet influerait déjà sur le comportement de l’actuelle BCE. Observons au passage que le non français et néerlandais a permis d’obtenir une légère dévaluation de 10 cents de l’euro par rapport au cours antérieur du dollar, soit environ 8%, ce qui est encore très insuffisant mais mieux que rien. Le cours de la Bourse s’en est ressenti heureusement. Mais il n’est pas normal que nous en soyons réduits à attendre des coups de boutoir de la volonté populaire ce qui devrait procéder d’une politique réfléchie, un taux de un euro pour un dollar égalisant les potentiels de croissance entre l’Europe et les États-Unis.

L’« Eurogroupe » a existé avant même la Constitution. C’est une excellente initiative. Le moment est venu de préciser ses compétences en matière de politique monétaire, y compris de change, budgétaire, fiscale, voire sociale : pourquoi ne pas fixer des critères de convergence progressifs en matière de smic, comme il y a des critères de convergence économiques auxquels sont soumis les pays dits « à dérogation » qui veulent entrer dans la zone euro ?

Après une mise en place difficile, tout au long des années 90, l’euro vit sa première grande crise. Il y a encore le moyen d’en sortir par le hau : en mettant sur pied un gouvernement économique digne de ce nom.

Les républicains peuvent accepter des délégations de compétence, dès lors qu’elles sont ciblées et démocratiquement contrôlées. Ils ne peuvent pas accepter que les peuples soient dépossédés de leur souveraineté, comme c’est aujourd’hui le cas en matière monétaire. Priver le peuple de sa souveraineté c’est encore la meilleure manière de le dissoudre, comme en rêvent périodiquement les gouvernements.

Le 29 mai, le peuple français a clairement manifesté qu’il n’entendait pas rompre avec la souveraineté populaire qui est au coeur de l’héritage de la Révolution de 1789. Si nos élites continuent de faire comme si elles n’avaient rien compris, si elles refusent d’avancer sur la voie logique qui consiste, après avoir fait une monnaie unique, à mettre sur pied le gouvernement économique qui lui donnera son sens, alors ces élites, prisonnières d’intérêts à courte vue, prendront la responsabilité de l’échec de l’euro. Le choix est moins que jamais pour ou contre l’Europe. Il est de faire l’Europe avec les peuples, en se mettant à leur écoute. L’autre voie, celle du repliement des élites sur elles-mêmes, est suicidaire. Naturellement tout cela ne se fera pas en quelques mois. Des élections interviendront dans les deux ans dans les trois principaux pays de la zone euro : Allemagne en 2005, Italie en 2006, France en 2007. Les élections sont aussi des moments de prise de conscience : La gauche française a beaucoup de chemin à faire pour mettre ses idées en ordre et promouvoir l’idée d’une Europe à géométrie variable, avançant avec ses peuples.

Rien, en tout cas, n’interdit aujourd’hui au gouvernement français de prendre les devants. Il y eut d’autres circonstances en 2002-2003 où il n’a rien perdu à s’appuyer sur la volonté populaire : qu’il transforme le non français en atout ! Qu’il se fasse le porte-parole d’une volonté qu’il n’est impossible de déchiffrer que pour ceux qui ne veulent ni voir ni entendre. C’est cela la démocratie ! Il y a un bon usage à en faire !

Rédigé par Jean-Pierre Chevènement le 28 Juin 2005 à 18:01 | Permalien

Tribune de Jean-Pierre Chevènement parue dans Libération le 9 juin 2005


Monsieur Giscard d'Estaing a raconté la scène où en 2003, il a remis à M. Berlusconi, alors Président en exercice du Conseil européen, le projet de « Constitution » issu des travaux de la « convention », relié en cuir bleu. Une mouche passait : son entêtant bourdonnement nuisait à la solennité de la scène. M. Berlusconi, s'étant saisi de l'exemplaire relié en cuir bleu, d'un geste prompt, écrasa la mouche et laissa tomber : « Au moins cette Constitution aura-t-elle servi à quelque chose ! » Cette scène prend aujourd'hui toute sa saveur : Cette Constitution mort-née était-elle bien nécessaire ? Le président Chirac avait-il besoin, après Joschka Fisher, d'en agiter l'idée devant le Bundestag en juin 2000 ? Je lui ai posé la question à son retour en France : « Pourquoi avoir proposé à vingt-cinq peuples une Constitution, alors que seul un Peuple peut se donner une Constitution et, qu'entre eux, vingt-cinq peuples passent un traité ? » Le président Chirac dont l'idée d'un « Peuple européen » ne hante sans doute pas les nuits, à la différence de nos « fédéralistes », me rétorqua : « C'est pour répondre à la question : "Qui fait quoi en Europe ?" C'est une sorte de règlement intérieur. » S'il ne s'agissait que de cela, point n'était alors besoin d'une « Constitution » !

M. Giscard d'Estaing a reconnu lui-même que la convention qu'il présidait s'était « faufilée » à travers « un membre de phrase glissé à la fin du texte [de Laeken... qui] entrebâillait une porte en posant la question de savoir si cette simplification et ce réaménagement des traités ne devaient pas conduire à terme à l'adoption d'un texte constitutionnel ».

Ainsi, ce qui a été rejeté à travers la Constitution, c'est la prétention à « constitutionnaliser » au nom d'un « peuple européen » qui n'existe pas, un corps de règles paralysantes qui ont installé en Europe un chômage de masse et dont les peuples réellement existants ne veulent pas.

Une seule attitude réaliste consisterait à modifier ce qui dans les textes en vigueur fait obstacle à une relance keynésienne à l'échelle européenne, seule manière de faire reculer rapidement le chômage.

Mais la droite comme le Parti socialiste entendent que le processus de ratification de la Constitution se poursuive comme avant. Deux France se regardent en chiens de faïence : le peuple, c'est-à-dire la majorité des actifs et des jeunes et par ailleurs l'ensemble des élites coalisées, profondément offusquées par l'incorrection du premier. Au coeur de cet abîme d'incompréhension : la nation. Celle-ci est pour le peuple le cadre naturel de l'expression démocratique. Or, la nation vient de révéler encore une fois pour les élites qu'elle était bien la source du mal. Ce que veulent les élites, c'est dépouiller le peuple de sa souveraineté. Evidemment pour son bien. Car les élites savent ce qui est bon pour lui. Cramponnées à leur réflexe aristocratique, au sens étymologique du terme, nos oligarchies n'entendent rien changer à leur politique. Qu'il s'agisse de la droite ou du PS, elles vont chercher à ramener le « non » à un mouvement d'humeur irrationnel. Elles vont continuer à décrier le peuple, à le ringardiser, à le culpabiliser dans le secret espoir, jadis révélé par Bertold Brecht, de pouvoir enfin le dissoudre. Elles vont tenter encore une fois de l'enfermer dans le « système du pareil au même », au risque d'un nouveau 21 avril. La question qui se pose aujourd'hui est de savoir comment traduire le formidable signe de santé que vient de donner notre peuple dans un système politique dont la fonction est d'étouffer sa volonté. Ce qui n'a pas été possible en 2002 le sera-t-il en 2007 ?

Le paysage ravagé de la gauche française actuelle n'est pas sans évoquer l'aspect « ruiniforme » qui était le sien dans les années 60. Comme après 1969, la direction du Parti socialiste n'imagine pas qu'il y ait d'autre recette pour revenir au pouvoir que l'immobilisme : hier la « troisième force », aujourd'hui le « social-libéralisme ». Elle a choisi de traiter le rejet de la Constitution comme une simple péripétie : nulle autocritique de cette direction mise en place en 1998 et qui s'accroche à sa ligne sociale-libérale comme à une bouée de sauvetage, n'attendant son salut que du naufrage de la galère gouvernementale. Pas davantage, n'y avait-il eu d'autocritique au congrès de Dijon, après l'échec de la présidentielle. C'était jadis « la faute à Rousseau, la faute à Voltaire ». Ce fut celle de Chevènement après 2002 et c'est aujourd'hui celle de Fabius. La recherche d'un bouc émissaire permet de cimenter l'unité de la tribu. Elle dispense de s'interroger sur ses responsabilités. Elle vise surtout à maintenir le cap inchangé, censé conduire au port : le retour aux délices et poisons d'un Pouvoir devenu à lui-même sa propre fin.

Ainsi, le PS a-t-il tenu le 4 juin un conseil national pénitentiaire, incapable de répondre au désaveu de l'électorat de gauche et même de l'électorat socialiste autrement que par une sanction dérisoire au manquement à la sacro-sainte « discipline » dont le peuple souverain vient de s'affranchir. Quelle illusion de penser que la politisation en profondeur permise par la campagne référendaire pourrait déboucher en 2007 sur l'oubli et sur un simple rapetassage !

La refondation de la gauche implique à l'évidence une autre vision de l'Europe : que celle-ci devienne, comme l'a dit Robin Cook, « une protection contre la mondialisation ». Le monde du travail en Europe n'est pas prêt à sacrifier un siècle et demi de conquêtes sociales sur l'autel d'une mondialisation libérale qui, appuyée sur les immenses armées des réserves industrielles des pays de l'Asie, ne tend à rien d'autre qu'à restaurer dans toute sa pureté le schéma marxiste de l'exploitation maximale de la force du travail.

La gauche, dont l'électorat a très majoritairement voté « non », se doit d'élaborer un projet républicain exigeant et réellement alternatif. Elle doit donc combattre les tendances à la facilité qui conduiraient le Parti socialiste à s'accrocher à sa ligne sociale-libérale comme à un arbre pourri, le Parti communiste à se remettre dans la roue d'un tel Parti socialiste, et les gauchistes à se contenter d'une simple fonction tribunitienne. C'est toute la gauche qui doit se réorganiser pour se mettre à la hauteur des défis qui l'attendent en 2007. Rien ne viendra du PS laissé à lui-même. Il serait inconcevable que celui-ci présente à l'élection présidentielle un candidat qui aurait prôné le « oui » à la Constitution. Qui peut croire qu'un tel candidat, quel qu'il soit, pourrait rassembler l'électorat populaire ?

Un recours républicain pourra-t-il s'imposer d'ici à 2007 sur la base d'un projet rompant clairement avec le social-libéralisme ? Un tel projet implique clairement la vision d'une Europe réconciliée avec ses peuples, dotée d'une organisation souple associant, à géométrie variable, ceux qui veulent avancer vers une Europe démocratique, solidaire et indépendante.

La gauche doit pour cela rompre avec le réflexe conditionné, mais myope, qui trop souvent la conduit à opposer la nation et l'Europe. Celle-ci doit se bâtir dans le prolongement des nations démocratiques. Le Peuple français s'est fait entendre. Il ne disparaîtra pas. Au contraire. Il a recommencé à affirmer son rôle que Karl Marx définissait comme celui de la « nation politique par excellence ».

François Mitterrand disait jadis : « A partir du PS, on peut faire des choses. Du PS, on ne peut rien faire. » Cette stratégie ne peut plus fonctionner. C'est toute la gauche qu'il faut rassembler, dans un même mouvement, sans exclusive et sans tabou, sur un projet qui redonne son sens à l'idée de progrès. Des états généraux de la gauche devraient permettre la confrontation des idées d'où pourrait surgir un projet qui soit à la hauteur des espérances et des défis.

Le principal défi qui s'impose aujourd'hui est celui de la relance économique de la zone euro. Nous demandons au Conseil européen des 16 et 17 juin d'en faire le coeur de son ordre du jour. Il serait opportun qu'un Conseil des Douze (les douze de la zone euro) se réunisse sans tarder pour mettre sur pied un « gouvernement économique » de ladite zone.

C'est par le dialogue des nations et d'abord entre la France et l'Allemagne, mais sans exclusive à l'égard des autres, que passera la réorientation de la construction européenne. Une Europe des peuples, respectueuse de la souveraineté populaire, autorise des délégations de compétences dès lors qu'elles sont ciblées et démocratiquement contrôlées : ainsi la compétence monétaire peut être exercée conjointement par la Banque centrale et par l'Eurogroupe (ou « gouvernement économique » de la zone euro). Encore faudrait-il que les statuts de la Banque centrale soient revus : que la croissance et l'emploi figurent parmi ses objectifs et que sa sacro-sainte indépendance soit remise en cause. Toutes les composantes du « non » pourraient se retrouver sur cet objectif

Le « gouvernement économique » pourrait aussi statuer à la majorité qualifiée sur les questions relatives à la politique budgétaire, à l'harmonisation fiscale et à la mise en place de certains critères sociaux appelés à converger. Il est temps de remettre la charrue derrière les boeufs. Si la gauche n'est pas capable de le faire, c'est la droite qui, en définitive, le fera.

Cette révolution copernicienne permettra de faire surgir l'acteur européen stratégique dont nous avons besoin en tous domaines (scientifique, technologique, industriel, militaire, diplomatique, etc.). Ce retournement mettra la France en avant, son peuple à l'avant-garde et la gauche à l'offensive pour peu qu'elle sache dépasser les réflexes de boutique et se mettre à l'écoute des peuples.
Mots-clés : europe referendum tce

Rédigé par Jean-Pierre Chevènement le 9 Juin 2005 à 17:28 | Permalien

Voici la vidéo de la réaction de Jean-Pierre Chevènement à l’annonce des résultats à 22 heures (selon les premières estimations, le "Non" réunit 55% des suffrages exprimés).


Mots-clés : europe médias tce

Rédigé par Chevenement.fr le 29 Mai 2005 à 23:00 | Permalien

Communiqué de Jean-Pierre Chevènement le 29 mai 2005


La victoire du non est une magnifique victoire dont le Peuple français peut être fier. Un mouvement puissant venu des profondeurs vient d’apporter un cinglant désaveu à des élites paresseuses et aveugles qui, depuis trois décennies, ont installé la France dans un chômage de masse. Il a fallu beaucoup de courage et de caractère aux Français pour en arriver là. Pour avoir mené depuis 1983 le combat pour une autre politique, je me sens moins seul ce soir.

Ce « non » retentissant est aussi un moment historique pour l’Europe. Aujourd’hui les peuples s’approprient enfin une construction qui s’était jusqu’à présent faite sans eux. C’est un premier pas décisif pour sa réorientation.

La volonté du Peuple devra être respectée. Le Président de la République est le premier interpellé : Il lui appartient de proposer un grand plan de redynamisation de l’économie et de lutte contre le chômage à l’échelle européenne et d’abord au niveau des Douze de la zone euro. Il faut pour cela renégocier les dispositions des textes européens qui y font obstacle.

Pour la gauche, la seule question qui se pose désormais à elle est celle de son rassemblement et de sa refondation sans tabou ni exclusive sur la base d’un projet rompant avec l’adaptation à la mondialisation libérale, enraciné dans la République et redonnant son sens pour la France, et pour l’Europe, à l’idée de progrès social.

Rédigé par Jean-Pierre Chevènement le 29 Mai 2005 à 17:26 | Permalien

Actualités



Communiqué de Jean-Pierre Chevènement, 25 mai 2005


Chers Concitoyens,

Ayant été privé d’expression dans la campagne officielle, je souhaite m’adresser à celles et ceux d’entre vous qui hésitent encore quant à leur choix sur le projet de « Constitution européenne » sur lequel vous avez à vous prononcer le 29 mai prochain.

Si vous votez oui, vous prenez un billet sans retour pour une destination que vous ne contrôlez pas. N’écoutez pas les hommes politiques de droite ou se disant de gauche qui vous demandent de constitutionnaliser des règles qui nous désarment face à une concurrence faussée. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ces règles nous enfonceraient toujours plus dans la régression économique et le chômage. Vous enfermeriez les générations futures dans un véritable carcan et vous ne pourriez rien changer en 2007.

Si, au contraire, résistant aux pressions qui s’exercent de tous côtés, vous votez non, alors vous préservez votre liberté et vous ouvrez l’avenir.

L’Europe, avec 10 % de chômeurs, détient le ruban bleu du chômage parmi les pays avancés. La zone euro, dans le même temps, est la lanterne rouge de la croissance mondiale : les orientations de la construction européenne ne sont pas si parfaites qu’elles ne puissent être revues ! Et pour cela vous n’avez pas d’autre moyen que de voter non.

Le 29 mai, le peuple français votera par procuration pour tous les autres peuples qu’on a pris soin de ne pas consulter. La France ne sera pas seule : ces peuples ont les mêmes problèmes que nous : délocalisations industrielles, chômage, précarité. C’est donc la voix du Peuple que vous ferez entendre le 29 mai dans toute l’Europe.

Ceux qui nous dirigent devront bien en tenir compte. Il est ridicule de prétendre qu’on ne pourra plus rien négocier. C’est le contraire qui est vrai : L’Europe tout entière a besoin d’un grand plan de relance économique, que cette « Constitution », telle qu’elle a été fabriquée, interdirait.

En rejetant ce projet de « Constitution » qui nous enfermerait, la France ne sera pas isolée. Elle sera encore une fois en avance. Elle ouvrira le chemin vers une autre Europe, démocratique, solidaire et indépendante, car s’appuyant sur la volonté des peuples, épris de justice et de paix.

Le « non » sera immensément utile : il permettra de redresser à la fois les orientations de la politique française et celles de la construction européenne. S’abstenir ce serait renoncer : vous le regretteriez toujours, si le piège devait se refermer.

A la France, à la République, à l’Europe des peuples, pas une voix ne doit manquer le 29 mai : dites « non » avec résolution et confiance. Vous ouvrirez ainsi par votre détermination une nouvelle et grande page de notre Histoire !

Croyez, chers concitoyens, à mes sentiments républicains dévoués.
Mots-clés : europe referendum tce

Rédigé par Jean-Pierre Chevènement le 25 Mai 2005 à 17:52 | Permalien


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